Nous avons déjà relaté ici nos doutes quant au dispositif de videosurveillance de Courbevoie, coûteux, non transparent, et d’une efficacité non prouvée. 18 caméras sont déjà installées depuis 2007 et la Majorité a décidé d’en installer 23 nouvelles, portant le coût total de cette opération à plus de 2 millions d’euros. Sans compter les frais de fonctionnement, très importants puisque ce dispositif nécessite la présence permanente de deux agents au poste de sécurité, soit 13 personnes au total pour un fonctionnement 7 jours sur 7, 24h sur 24. Le budget consacré à la Police Municipale a d’ailleurs augmenté de près de 16% depuis 2006.
Nous sommes opposés à cette extension coûteuse, qui ne revêtait aucun caractère d’urgence dans notre ville, qui a bien d’autres priorités à régler pour améliorer la vie de ces habitants. Nous dénonçons par ailleurs l’opacité totale de ce dispositif, restrictif des libertés individuelles, auquel ni les élus de l’opposition, ni les habitants ne sont associés.
Les réponses apportées par le Maire à nos questions restent bien évasives et présomptueuses. Comme d’habitude, arrogance et mépris pour cacher le vide d’une politique qui tient plus de la pensée unique que d’une action pensée et réfléchie. Ou du suivisme, à l’heure où le gouvernement annonce son intention de tripler le parc de caméras publiques d’ici la fin de l’année. Pour ce gouvernement, sécurité = caméras de surveillance. Simpliste à l’outrance, voire populiste.
Pourquoi une extension si rapide à Courbevoie alors que les premières caméras sont juste installées ?
L’Institut national des hautes études de sécurité (INHES), dans un rapport de Juillet 2008, note que “la video-protection possède une dimension mythologique, notamment chez certains élus qui imaginent résoudre nombre de problèmes par l’implantation de quelques caméras”. Il rappelle que pour être efficace, le dispositif de videosurveillance doit suivre un diagnostic de sécurité et reposer sur la définition d’une stratégie globale, reposant sur une organisation humaine, qui sera aidée par la technologie. Rien de tout cela ne nous a été présenté et expliqué à Courbevoie. Nous nous sommes d’ailleurs inquiétés lors du dernier conseil municipal de la faiblesse du temps consacré à ce diagnostic dans la mission d’assistance confiée à un cabinet extérieur, qui plus est, différent de celui ayant assisté la ville lors de la première tranche.
Pour quelle efficacité ?
Bizarrement, les statistiques de l’Office national de la délinquance ne disent rien des résultats obtenus par la videosurveillance, qui est à peine évoquée. Etrange silence de la part d’un gouvernement qui a promis d’évaluer l’efficacité des ministères et mis en place une bien pompeuse ‘Révision générale des politiques publiques”.
En réalité, de nombreux chercheurs sur la sécurité rappelent l’absence d’audit valable sur la videosurveillance et son impact réel sur la baisse de la délinquance…qui aurait surtout tendance à de déplacer à côté, là où il n’y a pas de caméras. Faudra-t-il alors installer toujours de nouvelles caméras, à l’exemple de la Grande-Bretagne qui compte le plus grande nombre de caméras par habitant (1 pour 14 habitants) ? Mais dont toutes les études récentes ont montré l’impact quasi nul sur la baisse de la délinquance : l’impact apparaît faible, peu durable et les caméras sont vites détournées, voire détruites, comme à Courbevoie où dès leur installation, deux caméras ont été vandalisées.
Quant à l’argument de l’amélioration du taux de résolution des délits, mis en avant par le Maire pour justifier l’extension du dispositif, il reste vraiment sujet à caution, en l’absence de bilan précis, lorsqu’on sait qu’en France, un PV est comptabilisé comme une infraction avec résolution !
Le bilan de la videosurveillance apparaît d’ailleurs tellement mince au vu du coût que certains municipalités ont commencé de reculer sur ce sujet, à l’instar d’Amiens, autrefois pionnière. On peut également s’interroger sur le coût supporté par la Ville alors que la compétence “sécurité” et l’utilisation des images relèvent essentiellement de la Police Nationale et donc de l’Etat. Sur d’autres sujets, le Maire sait parfaitement dénoncer les transferts indus de charge sur les collectivités locales. Sur ce sujet, non seulement il se tait, mais il court….Jacques Kossowski cherche-t-il à être le bon élève de la classe Sarkozy ? Le problème est que ce sont les contribuables de Courbevoie qui paieront pour sa bonne note.
En l’absence de bilan et d’une véritable stratégie, nous estimons urgent …d’attendre. La Ville a bien d’autres dossiers prioritaires à régler. L’installation de caméras doit rester limité à quelques sites sensibles, nécessitant une surveillance particulière, et en complément d’une présence humaine.
Un dispositif opaque, auquel ne sont associés ni les élus de l’opposition ni les habitants
Nous rappelons, comme le fait régulièrement la Ligue des Droits de l’Homme, que les dispositifs de videosurveillance sont liberticides et que l’enregistrement de l’image d’une personne sans son consentement est une atteinte à la vie privée contraire à la Convention européenne des Droits de l’homme et à l’article 9 de notre Code civil. Un tel dispositif doit donc tout au moins associer les habitants à sa mise en oeuvre, tant pour la définition des zones à surveiller que pour la configuration des caméras et le suivi du stockage et de l’utilisation des images.
C’est la raison pour laquelle nous avons proposé la création d’un comité d’éthique, qui associerait des habitants et des conseillers municipaux à des professionnels et experts en matière de sécurité et de videosurveillance. De nombreuses villes comme Lyon depuis longtemps ou Montrouge tout récemment, le mettent en place.
A Courbevoie, refus total, sous l’argument fallacieux que le dispositif serait déjà bien encadré par l’agrément délivré par le Préfet. Une réponse bien légère lorsqu’on connaît la procédure d’agrément qui consiste à remplir un bref formulaire de deux pages, sur la localisation des caméras, le traitement des images et leur confidentialité. Rien qui ne soit un réel contrôle du dispositif sur toute sa durée de vie et aucun garde fou à ce qui est bien -et quoiqu’en dise le maire - une réelle restriction aux libertés publiques et individuelles.
Jacques Kossowski m’accuse “d’utiliser un langage déconnecté de la réalité”. Il lui faudrait, pour être crédible, mener une politique réaliste, appuyée sur des éléments concrets et prouvés.
Martine Volard
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