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Pourquoi rien n’est réglé à la Défense : l’exemple des Damiers

Comme nous l’avons expliqué dans un article précédent, l’une de nos réserves sur le Plan de Renouveau de la Défense tient au mépris total qu’il affiche envers les habitants actuels de la Défense qui, dans certains cas, vont être délogés. Nous avons déjà évoqué ici à plusieurs reprises le cas d’une partie des résidences des Damiers, à la Défense 1. Propriétés du bailleur social Logis Transports, filiale de la RATP, 250 logements sociaux et intermédiaires, pour la plupart occupés, vont être cédés au groupe immobilier Hermitage pour être détruits. Et être remplacés par les « plus hautes tours mixtes construites en Europe occidentale » : un ensemble comprenant des logements et un hôtel de luxe, des bureaux et un centre de thalasso. En bord de Seine, la création d’un « cadre de vie exceptionnel » selon la plaquette de présentation, qui choque car réservé aux plus riches…en chassant les habitants actuels moins fortunés, sommés d’allés vivre ailleurs. Cet exemple illustre ce que nous dénonçons dans ce Plan de Renouveau de la Défense : un projet qui accentue encore la ségrégation spatiale et sociale déjà à l’œuvre sur notre territoire. Au nom de l’intérêt général, il profitera essentiellement aux promoteurs immobiliers ; les habitants seront, eux, les grands perdants. Les méthodes utilisées, qui relèvent plus de la stratégie de la peur et de l’intimidation que de la négociation transparente, sont totalement inacceptables. Nous avions déjà dénoncé ici cela et l’urgence de changer de méthode pour que la requalification du quartier – effectivement indispensable – bénéficie aussi aux habitants actuels.

Rien n’a changé, rien n’est réglé. Malgré les incertitudes financières et techniques qui planent sur un projet aussi ambitieux, Logis Transports, Hermitage, l’EPAD et les services de la Ville de Courbevoie continuent d’avancer. Bien sur, le Maire de Courbevoie se pose en défenseur des habitants en jurant que rien ne se fera sans qu’ils ne soient relogés. Il a d’ailleurs créé un pompeux « Observatoire de suivi  des relogements », auxquels nous avons accepté de participer. Mais sans les habitants, qu’il a refusé d’intégrer. Cet observatoire n’est en fait qu’un écran de fumée : Logis Transports nous présente au fur et à mesure les relogements effectués, en réalité très peu, en se justifiant par son respect des souhaits des locataires et sa volonté de trouver des solutions en adéquation avec leurs ressources. Mais nous ne disposons que d’informations parcellaires sur les propositions réellement faites et les conditions dans lesquelles les locataires partis « volontairement » ont été amenés à le faire. Surtout, les quelques réunions ont mis en évidence ce que nous pressentions : il n’y a pas de plan global de relogement, concernant tous les locataires actuels et Logis Transports n’a que peu de moyens à mettre en œuvre. Elle propose au compte-goutte des logements qui se libèrent dans son parc, soit très peu.

En définitive, une situation intenable pour la plupart des locataires : informés de la destruction de leur immeuble, ils ne peuvent plus faire de projet, pour eux et leurs enfants, dans le quartier où ils avaient choisi d’habiter et dans lequel ils ont leurs attaches. Sans proposition valable, ni moyen financier adéquat, ils ne peuvent non plus reconstruire cet avenir dans un autre quartier de leur choix.

Une situation inacceptable pour nous : Logis Transports n’entretient plus qu’à minima son patrimoine, voué à une détérioration inexorable. Le promoteur Hermitage et l’EPAD jouent « la montre » : pendant qu’ils finalisent un dossier technique complexe et onéreux, ils espèrent le départ par « usure » et à moindre coût, d’une grande majorité des habitants, envisageant peut-être au final et en secret une négociation pour les plus résistants.

Une situation scandaleuse car réalisée avec la complicité de l’Etat qui tient les ficelles de toute cette opération : par le biais de l’EPAD, entremetteur et bénéficiaire des droits à construire futurs. Par le biais de Logis Transports, filiale de la RATP, entreprise publique, qui au mépris de ses missions de logement social, accepte opportunément la vente et la destruction d’une partie de son patrimoine seulement quelques années après l’avoir acquis.

 Les élus de Courbevoie ne peuvent accepter longtemps d’être complices de cette méthode qui fragilise davantage certaines familles déjà en difficulté. Ce projet doit être revu pour y intégrer une véritable mixité sociale. Et permettre aux famille qui le souhaitent de rester habiter dans le quartier et en bord de Seine, y compris en leur donnant la possibilité d’accéder à la propriété. Et donner les moyens – y compris financiers – à celles qui souhaitent le quitter.

En somme, et en toute transparence, une opération juste où tout le monde serait gagnant.

 C’est la demande que nous avons faite au Maire de Courbevoie. Il a d’emblée été sceptique sur la révision du projet, estimant que les architectes et les techniciens avaient fait du mieux ! Une conception du rôle d’un élu que nous ne partageons pas ! Il a cependant promis d’étudier notre demande. Nous attendons les résultats. Seule sa détermination à faire réellement modifier ce projet pour prendre en compte les habitants prouvera sa sincérité lorsqu’il se place auprès d’eux. Nous rappelons qu’il est dans le même temps vice-président de l’EPAD : s’il est sincère et que rien ne change, cela serait bien la preuve, pour ceux qui en douteraient encore, que l’OIN de la Défense et l’EPAD constituent une véritable dépossession des collectivités locales qui n’ont plus beaucoup de pouvoirs. Et que donc l’extension de l’OIN et des attributions de l’EPAD, est un véritable coup de canif dans les lois de décentralisation.

Martine Volard

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